AREA 88 : Le droit de réponse de Yace

Le but de cette modeste bafouille ne sera pas de glorifier la version Super Nintendo. Non messieurs, le but sera ici de démontrer à quel point la version Super Nintendo du jeu est supérieure à la version arcade ! Car oui, il est des fois où, contrairement aux idées reçues véhiculées par d’infects béotiens téléphonés, la console écrase l’arcade. Et assurément, avec U.N.Squadron, nous est fourni le plus bel exemple de la supériorité d’une version de salon.

Pour en savoir plus sur la version arcade de Area 88 et le manga duquel il est tiré, lisez le dossier « Area 88 : Du manga au jeu vidéo ».

Préambule d’une mauvaise foi assumée

Pour ma part, je suis très largement un enfant de console, et malgré tout le respect que j’ai pour l’incroyable univers des salles enfumées, jamais je n’échangerai ma cartouche de Super Aleste même contre l’ensemble des PCB Cave, Psikyo, Irem et Raizing. Oui, jamais !

Passage introductif qui ne dira que peu de choses : oui oui le jeu est tiré d’une licence animée titrée Area 88, oui le jeu arcade est antérieur à la version Super Nintendo. Et tous ceux qui me diront que c’est pour ça que le jeu est aussi supérieur sur console, ben je leur répond que je suis dans l’optique la moins chronologique possible, c’est un combat perdu d’avance pour le jeu d’arcade, et on s’en fout de l’âge respectif des concurrents !

Prêt pour le massacre !

Le titre sortit en 1989 en arcade. On avait là un shmup de bonne facture, au style graphique coloré proche de celui d’un animé, ce qui n’est pas étonnant. OK, tout va bien, et même mieux : 3 pilotes, chacun avec son avion personnel, la possibilité d’acheter des armes, bref : des éléments nouveaux qui semblaient donner une liberté inédite au joueur, inédite car le shmup était et est toujours un style hautement dirigiste.

Le jeu est engageant et de plus, est très largement abordable. Jusqu’en 1992, U.N.Squadron arcade n’avait pas à rougir, surtout comparé aux piteuses adaptations Amiga et Atari ST, qui avaient toutes deux l’étrange talent d’être peu jouables et bien moins agréables à l’œil. Mais arriva cette année 1992… Année 1992 qui vit l’arrivée en Europe de la plus grande invention jamais conçue après le rocking chair et les charentaises fourrées : la Super Nintendo !

Capcom a dès lors apprivoisé la SNES avec des portages de ses hits d’arcade : le superbe Street Fighter II, le très bon Super Ghouls’n’Ghosts, et la conversion de Final Fight. Mais aussi un point décisif dans l’histoire du shmup sur SNES : U.N.Squadron.

Enfin un shmup qui marque la progression du genre sur une 16 bits pas encore maîtrisée ! Mais arriveront bientôt Axelay et Super Aleste… Que tous ceux qui s’attendent à une conversion du jeu d’arcade ouvrent grand leurs mirettes ! Les 3 pilotes sont là, et ô surprise, leur présentation est déjà bien plus exhaustive ! ici sont clairement indiquées leurs forces, fini le choix aveugle et sans indice de l’arcade. Mais au delà, chaque pilote n’a plus son propre avion…

Dommage ? Et ben non, pas du tout ! Car ici, il n’y a pas que 3 avions, mais 6 ! Oui, deux fois plus que sur l’arcade ! Et pour l’achever totalement, chaque pilote peut opter pour tous les avions disponibles, sous réserve de pouvoir l’acquérir… Imaginez : du schéma formaté et routinier de la version arcade, on en arrive à une cartouche qui permet un nombre incroyable de combinaisons entre les 3 pilotes et les 6 avions !

 

Sachant au surplus que chaque avion dispose de sa sélection d’armes (hormis le chasseur ultime qui peut toutes les endosser) et que certaines armes seront plus ou moins rapides et puissantes selon les aptitudes et les faiblesses de vos trois pilotes, on obtient un éventail d’attaques et de technicité tout à fait conséquent.

L’aspect comptabilité somme toute basique en salle prend ici toute sa dimension avec des armes secondaires autrement plus nombreuses et aux prix intelligemment évalués, à vous de tenir vos comptes en ordre pour équiper vos engins. Un aspect « stratégie comptable » décuplé sur console par d’une part le prix apporté par la destruction des boss et d’autre part le fait que même les nouveaux avions sont à vendre ! Une stratégie d’équipement tout à fait absente du jeu d’arcade qui franchement fait plus que pitié d’un coup…

Même si les deux jeux ont un nombre équivalent de missions, le jeu d’arcade manque cruellement de cette démesure qui ose faire du joueur plus qu’un pilote, mais un pilote stratège et gestionnaire !

Une bande sonore redondante en arcade laisse place à des thèmes plus nombreux et surtout plus audibles sur SNES, et quant au chara design, mais il n’y a qu’à voir : votre lieutenant à l’air d’un figurant de sitcom AB Productions sur borne, là où son regard est autrement plus personnalisé et impératif sur SNES. Idem pour le brave McCoy, qui tient le Hangar ! Il a l’air encore plus endormi que Garfield sur borne, là où il témoigne d’une expression faciale autrement plus joviale et amicale sur console.

 

Et pour finir sur les boss, mais comment les programmeurs de la version console ont-ils imaginé de les refaire ainsi, tout en gardant l’esprit « boss de longue haleine », comme les boss des missions Canyon ou l’infect dispositif au plafond de la caverne…et pour finir, le boss final certes gigantesque sur arcade s’est changé en un vaisseau rougeâtre aux attaques cadrées.

Et comme il est question de boss final, parlons un peu de la difficulté. Scandaleusement basse pour un shmup arcade, même un shmuppeur moins qu’occasionnel se torchera le coin-up en quelques essais ! Franchement, c’est aux limites du concevable pour un style aussi mange-fric. La version SNES, elle, au moins, nous en donne pour notre argent ! Le mode puceau (pardon, easy) se fait sans trop de souci, mais en normal c’est déjà plus sérieux… Et en hard, c’est du masochisme, c’est à dire que ça fait mal mais on prend un secret plaisir, un peu comme celui que Rousseau édicte dans ses Confessions…Et pour vous amis dingos qui aimez les hamacs en fils de fer barbelés, le jeu via un code propose même un mode ultime, le mode GAMER !

Bref !

U.N.Squadron arcade se ramasse une raclée exemplaire par la version console qui n’est pas qu’un simple portage comme le laisserait croire un premier niveau identique, mais carrément un nouveau jeu ! Et puis à l’époque, choisir au cours d’un seul et même crédit plusieurs avions, déterminer soi-même l’ordre de ses missions, veiller à la gestion de son armement… C’était unique ! Et totalement absent de cette pauvre version arcade, qui sort de ce duel dans le même état qu’un malingre de 35 kilos tout mouillé qui aurait dit « va te faire mettre » à Mike Tyson…

Sur la difficulté :

  • Mode easy : un mode introductif, qui s’il ne révèle rien du véritable challenge U.N.Squadron, peut tout de même permettre au joueur débutant de se familiariser avec les commandes et travailler sa gestion financière.
  • Mode normal : le jeu par défaut. Un niveau d’âpreté tout à fait convenable pour un shoot them up, sachant que certains boss seront de véritables pics de difficulté, surtout si le joueur n’est pas correctement équipé.
  • Mode hard : le rythme de jeu est considérablement revu à la hausse, notamment par la vitesse et le nombre de balles à l’écran. Les réflexes seront de mise, même si par moments  il sera impossible de prédire les situations pour cause de tirs venus d’on ne sait où ; la réactivité du joueur fera le reste.
  • Mode Gamer : le mode ultime, accessible via un code. La vitesse de jeu est encore supérieure et seul un vétéran au plan de bataille et aux techniques d’arsenal sur-développés aura une chance de s’en tirer. Ici, la difficulté atteint parfois l’absurde, l’élévation du niveau de jeu rendra certaines zones cauchemardesques et quelque peu aléatoires.

Notons que, pour motiver les joueurs, les fins seront différentes selon les modes et que Capcom saura glisser une kassdédi amusante pour les pilotes les plus fous.

À propos de Yace

Yace
Joueur qui balance entre deux âges, plutôt des neiges d'antan que de la dernière averse. Révolté permanent, contestataire patenté, il n'y a que les jeux vidéo et la grammaire française dont j'accepte de suivre à peu près les règles, dans l'ivresse des pixels et des mots.

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